Protéger la petite faune

Les insectes pollinisateurs : indispensables alliés

La pollinisation au jardin : une affaire d’experts ?

Près de 80 % des insectes ont disparu en Europe en trente ans. Ce déclin est alarmant, puisque nous connaissons le rôle de chacun d’entre eux dans nos écosystèmes. Nous savons aujourd’hui que cette disparition est liée à l’Homme, notamment à l’artificialisation des sols, aux monocultures, à l’utilisation de pesticides ou au dérèglement climatique. Pourtant, notre alimentation dépend de la fécondation des espèces végétales et donc des insectes pollinisateurs. Le constat est préoccupant, mais nous pouvons garder espoir, car le jardin est notre domaine et il ne tient qu’à nous de le rendre vivant. Et oui, nous pouvons assister nos experts simplement. Voici un aperçu des solutions à mettre en place pour aider la pollinisation au jardin.

 

La reproduction des espèces végétales : petit rappel

La reproduction des végétaux se fait grâce à la pollinisation. La pollinisation, c’est le transport du pollen. Elle est indispensable puisque les espèces végétales ne peuvent pas se déplacer. Ancrées dans le sol par leurs racines, elles comptent sur des aides extérieures. Et ça marche !
Ainsi le vent est un allié précieux pour la migration du pollen. Petite brise ou grandes bourrasques déplacent les grains d’une plante à fleurs à l’autre. Il se produit la même chose avec l’eau sous toutes ses formes. Oiseaux et mammifères ne sont pas en reste : le pollen s’accroche à leurs plumes ou à leurs poils et vogue vers de nouvelles destinations. Mais surtout, il y a ces héros du quotidien : les insectes pollinisateurs. Ils passent d’un coin du jardin à l’autre, ils butinent, ils volettent ou trottinent par ici, puis par là. Sans le vouloir, ils transportent des grains de pollen sur leurs pattes, leurs ailes ou leurs corps. Au printemps, tout ce petit monde qui s’agite produit un miracle.

En fait, les pollens sont les cellules reproductrices de l’organe mâle des fleurs. S’ils atteignent l’organe femelle d’une autre fleur, alors l’affaire est faite. L’ovule ou les ovules sont fécondés et la production de fruits est assurée. Ce que nous avons dans nos assiettes dépend de plusieurs facteurs. Une production peut être gâchée par le gel ou le manque d’eau. Mais au départ, s’il n’y a pas de pollinisation, rien ne peut commencer à pousser. Fraises, tomates, bananes, courgettes ou aubergines ont un point commun. Et oui ! Ces fruits et légumes, et bien d’autres encore, n’existent que grâce à quelques insectes qui travaillent pour nous.

© Papillon Machaon - Allain Boullah

Les insectes pollinisateurs : présentation des experts

Il existe quatre grandes familles d’insectes pollinisateurs. Leurs noms sont peu utilisés et ils ne vous disent probablement pas grand-chose. En réalité, vous allez voir que vous en connaissez quelques fameux représentants :

  • les coléoptères : scarabées, coccinelles, lucanes, hannetons, bousiers, charançon ;
  • les diptères : moustiques, mouches domestiques (et les autres) ;
  • les lépidoptères : papillons de jours et de nuit ;
  • les hyménoptères : abeilles, guêpes et fourmis.

Les coléoptères n’aiment pas l’agitation : ils passent beaucoup de temps sur une même fleur. Ils les préfèrent de grande taille, colorées et odorantes. Ils apprécient aussi les petites fleurs groupées. Ce ne sont pas des pollinisateurs hors pair, mais ils participent à leur niveau à la fécondation des plantes.

Parmi les diptères, la mouche tire son épingle du jeu. Elle a un avantage : son corps est poilu, par conséquent il retient le pollen. Elle est rompue à la tâche, rapide et peu regardante. Elle est donc une bonne alliée au jardin.

Les papillons font partie des experts, mais ils travaillent en dilettante : leurs habitudes de vol sont changeantes et leur butinage n’est pas très assidu. Ils raffolent des parterres de fleurs.

Guêpes et fourmis n’ont pas de trompe ni de poils, ce qui diminue leur capacité à transporter le pollen. Elles participent néanmoins à l’effort général.

Venons-en à la championne toutes catégories des insectes pollinisateurs : l’abeille. L’abeille est une indispensable butineuse puisqu’elle pollinise 80 % des plantes à fleurs du monde. Elle est le maillon essentiel à la survie des espèces végétales sur la Terre. Chapeaux bas !

 

La pollinisation au jardin : comment aider ?

Pour attirer les experts de la pollinisation chez vous, il faut leur offrir ce dont ils rêvent. Votre jardin doit être le lieu où ils trouveront le gîte et le couvert. Voici quelques suggestions pour les aider à se sentir bien chez vous. Avant toute chose, il convient de préciser que les actifs chimiques sont à proscrire. Préférez toujours les soins de jardinage écologiques.

 

Les fleurs

Semez des graines de fleurs. Mélangez les espèces, variez les tailles, multipliez les couleurs. Elles sont source de nectar et ne manqueront pas d’attirer les pollinisateurs. Certains insectes n’ont pas de fleurs préférées : c’est le cas des coccinelles. Elles sont attirées par les fleurs à pollen, mais elles apprécient surtout les insectes nuisibles. Elles se sentiront donc d’autant plus à leur aise dans un jardin fleuri s’il accueille quelques pucerons.

D’autres pollinisateurs ont leurs petits délices :

  • Les mouches se régalent de carottes, de cerfeuil, d’anis, mais aussi de renoncules ou de rosacées ;
  • Les papillons sont attirés par les fleurs aux couleurs vives et riches en nectar. Ils sont fans de buddleias et ils aiment le souci, la lavande, le lupin, les asters, les zinnias et les cosmos ;
  • Les abeilles aiment les fleurs qui produisent beaucoup de nectar et de pollen. Dans leur top liste, citons le trèfle, le tournesol, la lavande, le romarin, la sauge, les cosmos, les marguerites et les bleuets.

Le jardin est aussi une source de plaisir, donc pensez à vous et aux plantes que vous aimez regarder. Le secret pour faire venir les insectes est avant tout la variété.

⏩ Idées de graines de fleurs bio pour un jardinage écologique.

 

Les hôtels à insectes

Installez un refuge à insectes. Aujourd’hui, les biotopes sont rares dans les villes et alentours. Les hôtels à insectes reproduisent ces lieux de vie à petite échelle. Ces maisons en bois de taille XXS sont essentielles pour les pollinisateurs qui peuvent s’y reposer, s’y protéger des intempéries ou de leurs prédateurs. Un hôtel accueille plusieurs espèces ou une seule. Vous pouvez l’acheter prêt à l’emploi ou le réaliser vous-même. Pour les plus bricoleurs, sachez qu’un hôtel susceptible de recevoir plusieurs espèces doit comporter des loges distinctes dont "l’équipement" varie. Il en faut pour tous les goûts :

  • des tiges de bambou ;
  • des bûches percées ;
  • des briques ;
  • de la paille ;
  • des planchettes rapprochées ;
  • des pots en terre cuite.

L’hôtel 5 étoiles doit être au bon endroit, dans un lieu ensoleillé, à l’abri du vent et de la pluie, donc de préférence avec une orientation sud/sud-est. Placez-le à environ 30 cm du sol sur des briques ou des poteaux. Et surtout, laissez-le à disposition, été comme hiver. Dites-vous que si vous n’offrez pas de refuge aux insectes, ils ne feront que passer.

Gîte à abeilles solitaires Flora Grand Modèle JO1007

⏩ Exemples de gîtes pour les insectes pollinisateurs.

Les pollinisateurs sont nos meilleurs alliés. Avec des gestes simples, nous pouvons leur offrir ce dont ils ont besoin. Des fleurs et un refuge feront de votre extérieur un lieu accueillant et vivant. Aidez la nature puis laissez-la faire, elle se débrouille très bien.

⏩ Vous voulez attirer les abeilles dans votre jardin ? Téléchargez la liste des plantes attractives au format PDF.

⏩ Prêts pour l’installation de plusieurs gîtes ? Un tutoriel spécial de la LPO vous en dit plus.

⏩ Suivez nos conseils en vidéo : un jardin pour la biodiversité (Colocataires sauvages — épisode 6, saison 1)

 

Crédits Photos : Abeille - Adobe Stock ; Papillon Machaon - Allain Boullah