Nourrissage

Conseils d’expert : le nourrissage des oiseaux en hiver

Grive musicienne en hiver

C'est reconnu : l’observation des oiseaux autour d’une mangeoire est un spectacle étonnant ! C’est aussi bien souvent comme cela que commence la "passion des oiseaux". Pour nous parler de ce sujet, nous avons rencontré Philippe Jourde, naturaliste au Service Etude du Patrimoine Naturel à la LPO France. Il s’est prêté au jeu des questions-réponses pour partager son expérience et nous transmettre les bons gestes à adopter pour nourrir les oiseaux au jardin.

 

Pourquoi nourrir les oiseaux ?

 

Pour les oiseaux présents sur notre territoire, l’hiver est la saison la plus difficile même s’ils craignent moins le froid que le manque de nourriture. La nourriture est indispensable pour affronter les basses températures or, c’est souvent à cette époque que les aliments sont les plus rares. Les sols durs et gelés les empêchent d’attraper les vers qui se sont profondément enfouis dans le sol et les graines se font rares. L’énergie qu’ils dépensent pour trouver leur nourriture (quand ils en trouvent) est considérable et n’est pas toujours compensée par leurs maigres repas.

Nous pouvons donc les aider en leur fournissant une nourriture d’appoint disposée dans une mangeoire ou au sol. Mais attention, une aide maladroite peut causer du tort aux oiseaux, il y a des règles à respecter. Et puis, nourrir les oiseaux, c’est aussi l’assurance d’un beau spectacle toute la journée ! Je pratique le nourrissage dans mon propre jardin depuis 1981, c’est l’occasion d’effectuer des observations passionnantes sur le comportement des oiseaux et de les observer à très courte distance.

Mangeoire suspendue

 

À quelle période commencez-vous le nourrissage ?

 

Je commence le nourrissage aux premières gelées et l’étends jusqu’au mois de mars lorsque l’hiver se prolonge. Je réduis petit à petit les rations quand le temps se radoucit et que les oiseaux commencent à montrer des signes de territorialité.
Quelles précautions prendre en cette période de grippe aviaire ? Les passereaux ne semblent pas concernés et sans recommandation particulière de l’administration, le nourrissage à la mangeoire reste autorisé avec toutes les précautions habituelles d’entretien de ses mangeoires et abreuvoirs. Néanmoins, les températures actuelles sont encore clémentes et il est recommandé de patienter jusqu’aux premières gelées pour commencer le nourrissage des oiseaux.

 

Quelle nourriture donnez-vous aux oiseaux de votre jardin ?

 

Je leur donne principalement du tournesol biologique. Tous les matins, je mets environ 3 kilos de graines dans les mangeoires, ce qui permet une alimentation jusqu’en milieu d’après-midi. En cas de vague de froid, j’augmente la quantité de postes de nourrissage et ajoute également des pains de graisse et des fruits blets, récupérés auprès des commerçants locaux.

Une vingtaine d’espèces fréquentent les mangeoires et j’ai sur la plus grande une cinquantaine d’oiseaux en permanence, ce qui doit représenter plusieurs centaines d’individus au total.

 

La sélection de l'équipe LPO

Nous apportons une attention très particulière à la composition des aliments pour les oiseaux.

Nous veillons rigoureusement à proposer une nourriture de qualité.

 

 

...et si vous souhaitez apprendre à connaître les habitudes alimentaires des oiseaux qui fréquentent votre jardin, des ouvrages sur le nourrissage sont disponibles à la Boutique LPO, c'est par ici !

Alimentation oiseaux

 

Pour ou contre le nourrissage des oiseaux à l’année ?

 

Le nourrissage toute l’année n’est pas une pratique fréquente en France. En Grande-Bretagne et dans de nombreux autres pays anglo-saxons, c’est chose courante, y compris dans les centres d’accueil de nombreuses réserves naturelles !

En France, on limite classiquement le nourrissage aux périodes de froid, notamment pour limiter la mortalité durant les périodes de gel prolongé. L’alimentation des oiseaux à ces périodes difficiles peut avoir un impact positif sur les populations de nombreuses espèces de passereaux et de turdidés.

Au printemps, les oiseaux deviennent territoriaux. L’installation d’un poste de nourrissage peut alors provoquer de violentes interactions entre les oiseaux qui viennent se nourrir et ceux dont le territoire comprend la zone de nourrissage. Sur ce plan, les mésanges sont particulièrement irascibles. L’intrusion répétée de concurrents dans leur domaine peut se traduire par un échec des nichées.

À l’inverse, un apport alimentaire aidera de nombreux adultes à relever le challenge de l’élevage des jeunes. Une mésange charbonnière élève en moyenne entre 6 et 11 petits. Les deux adultes passent tout leur temps à chercher des insectes pour leurs petits. Un apport en graine leur permet de consacrer moins de temps à leur propre alimentation et donc, vraisemblablement, d’obtenir un meilleur succès reproductif.

 

Quelles sont les règles à respecter pour commencer le nourrissage chez soi ?

 

Tout d’abord, il faut savoir que lorsque vous commencez à mettre des mangeoires dans votre jardin, vous ne pourrez pas arrêter brusquement de nourrir les oiseaux. Ils seraient perturbés par ce changement alors qu’ils se sont peu à peu habitués à un point d’alimentation fixe. Lorsque vous nourrissez les oiseaux, pensez également à leur mettre un point d’eau avec un abreuvoir. En effet, même en hiver, les oiseaux ont un besoin hydrique important, non seulement pour se désaltérer mais aussi pour nettoyer leur plumage. Mon abreuvoir est alimenté automatiquement par gravité à partir d’un petit réservoir qui collecte l’eau de pluie de ma toiture.

 

Autre élément clé du nourrissage des oiseaux : la mangeoire. Le mieux est d’installer des mangeoires en hauteur, sur un poteau ou dans un arbre, toujours hors de portée des prédateurs (des chats par exemple), et dans des endroits découverts pour que les oiseaux ne soient pas attaqués par surprise. Si vous habitez en zone urbaine et que vos mangeoires sont placées près des vitres, collez des silhouettes anti-collision pour éviter les accidents mortels.

Mesange et mangeoire fenêtre

 

L'entretien des mangeoires

 

Quelle que soit la saison, il est important de nettoyer et désinfecter les mangeoires régulièrement afin d’éviter la transmission de maladies par les fientes ou les restes d’aliments. Les lieux de nourrissage étant des zones de contact entre les oiseaux, ceux-ci contractent plus facilement des pathologies (salmonellose...). Les mangeoires tables ou plateaux sont plus exposées aux risques d’infection que les distributeurs automatiques, et d’autant plus si vous nourrissez au printemps ou en été. Le nourrissage estival exige en effet une hygiène parfaite, la chaleur accélérant la dégradation de la nourriture, il faut être extrêmement vigilant à la prolifération des bactéries.

Pour éviter la surfréquentation des mangeoires, j’ai installé plusieurs postes de nourrissage de type plateaux et silos dans mon jardin. J’insiste volontairement sur le nettoyage des mangeoires car le développement de certaines pathologies est foudroyant et peut en quelques heures se traduire par la mort de dizaines d’oiseaux. La présence d'oiseaux morts ou malades près d'un site d'alimentation devrait inciter son propriétaire à cesser temporairement de nourrir les oiseaux afin d'éviter la propagation de la maladie. Dans ce cas, les mangeoires doivent être désinfectées (avec des gants) et les graines répandues au sol doivent être ramassées et éliminées.

 

Mémo des 8 règles d’or pour un bon nourrissage

 

1) Ne jamais mettre la nourriture en trop grande quantité pour éviter qu’elle ne moisisse et empoisonne les oiseaux. Installer des distributeurs à graines en cas d’impossibilité de nourrissage quotidien ;

2) Changer l’eau des abreuvoirs régulièrement, les oiseaux ont soif même en hiver et ils ont besoin de se nettoyer le plumage ;

3) Nettoyer très régulièrement les mangeoires ;

4) Tenir les graines à l’abri de l’humidité ;

5) Ne pas donner d’aliments salés ;

6) Placer les graines et les mangeoires hors de portée des prédateurs, il ne faut pas que les chats aillent s’y nourrir... d’oiseaux !

7) Privilégier l’apport de nourriture pendant les grands froids et ne pas arrêter le nourrissage tant que le froid perdure ;

8) En cas de découverte de mortalité suspecte, stopper immédiatement tout apport de nourriture et désinfecter la mangeoire et ses environs.

 

Si vous voulez participer au quotidien à la protection de la vie sauvage sur votre terrain et favoriser l’environnement en adoptant chez vous des gestes écocitoyens, vous pouvez rejoindre notre réseau de Refuges LPO.

 

 

Photos : Emile Barbelette; Alain Boullah; Fabrice Cahez.